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Nourrir la machine ou la sédimentation de nos usages numériques.

  • annemarieleon751
  • 20 juil.
  • 2 min de lecture

Ce totem est composé de pièces informatiques usées, irréparables, condamnées à devenir déchets. Assemblées verticalement, elles deviennent une colonne de mémoire : l’archéologie matérielle d’un monde numérique que l’on croit immatériel.

Chaque ventilateur, chaque circuit a participé à produire du lien, des images, des échanges humains. Aujourd’hui, ces organes techniques sont silencieux, immobilisés, transformés en reliques du progrès.

L’ajout de bouteilles de lait blanches introduit une tension : la machine noire et opaque rencontre la matière blanche, nourricière et vitale.



Entre pollution et naissance, fin et recommencement, le totem oscille : est-ce un monument funéraire du progrès… ou une tentative de renaissance ?

Je travaille avec ce qui reste. Avec ce que l’on ne répare plus. Avec ce que le progrès abandonne derrière lui.

Les machines qui nous relient finissent seules, silencieuses, débranchées.Elles ont porté nos messages, nos images, nos souvenirs, nos liens.Puis elles deviennent invisibles, inutiles, remplaçables.

Je refuse cette disparition.

J’empile ces fragments de technologie comme on dresse une stèle.Une colonne de mémoire pour un monde qui prétend être immatériel.Internet n’est pas dans les nuages : il est lourd, minéral, ventilé, poussiéreux.

Ce totem est un corps sans peau. Un squelette du présent Un fossile du futur.

Dans cette matière noire, opaque et industrielle, j’introduis le blanc des bouteilles de lait. Un blanc domestique, quotidien, familier.Un blanc qui évoque la naissance, la croissance, le soin, la transmission.

Ces bouteilles ne contiennent plus rien, mais elles parlent encore de nourriture. Elles semblent vouloir nourrir la colonne technologique comme on nourrirait un organisme fatigué. Comme si la machine, arrivée au bout de son cycle, avait besoin d’un geste vital, simple, humain.

Le noir et le blanc se confrontent. Le déchet et le vivant cohabitent. La fin et l’origine se superposent.

Je ne sais pas si ce monument est funéraire ou fertile. Je sais seulement qu’il refuse l’oubli.

Rien n’est vraiment obsolète tant que nous décidons de le regarder autrement.


Anmarie Leon.

 
 
 

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